Notre mère, Helen Mfon, suivait une chimiothérapie à Yaoundé. Le traitement épuisait son organisme, et ses taux d’hémoglobine et d’hématocrite étaient tombés à des niveaux dangereusement bas. Elle avait besoin d’une transfusion sanguine en urgence.
L’hôpital n’avait pas de sang disponible. Il a donc fait ce que font chaque jour les hôpitaux du Cameroun : il a demandé à la famille d’aller chercher un donneur.
Notre père et notre sœur ont commencé à téléphoner. Ils ont envoyé des messages dans les groupes de discussion familiaux, sollicité des proches, demandé qui pouvait venir à l’hôpital, se faire tester et voir s’il avait le bon groupe sanguin. Un membre de la famille s’est révélé compatible et a accepté de donner son sang.
Mais la question qui nous est restée était : et si… ?
Et si personne dans notre famille n’avait eu le bon groupe sanguin ? Et si personne n’avait pu venir ? Et si la réponse avait été le silence au moment où notre mère en avait le plus besoin ?
Cette question ne nous a jamais quittés. Elle est restée dans un coin de notre esprit à chaque conversation, à chaque appel entre Yaoundé, l’Allemagne et les États-Unis. Nous revenions toujours à la même conclusion : ce système est défaillant, et des familles portent un fardeau qui ne devrait jamais être le leur.
Caroline est une ancienne infirmière diplômée d’État installée aux États-Unis. Emmanuel est ingénieur logiciel (robotique) installé en Allemagne. Nous avons tous deux vu de nos propres yeux comment des systèmes de santé avancés gèrent l’approvisionnement en sang. Les transfusions sont des interventions qui sauvent des vies et ont lieu chaque jour dans les hôpitaux du monde entier, sans accroc, parce que l’infrastructure existe pour qu’il en soit ainsi. Au Cameroun, cette infrastructure n’existe pas encore.
Au Cameroun, quand un proche a besoin de sang, c’est vous qui devenez la banque de sang. Vous devenez le coordinateur logistique. Vous devenez le recruteur, le sélectionneur, le transporteur. Tout cela, le cœur brisé.
Ce fardeau ne devrait jamais peser sur la famille d’un patient. Les hôpitaux devraient disposer de l’infrastructure nécessaire pour faciliter le don de sang, organiser des collectes et garantir que les banques de sang disposent toujours de stocks suffisants en cas d’urgence.
DashBlood est cette infrastructure.
Nous construisons DashBlood en hommage à notre mère, Helen Mfon, et pour toutes les familles du Cameroun à qui l’on a déjà dit : « Allez chercher un donneur. » Aucune famille ne devrait porter ce poids. Plus maintenant.